Isabelle KOCHER limogée, le CAC 40 prouve qu’il est sexiste et misogyne.

Ça y est, malheureusement pourrait-on dire. Hier 6 février 2020 restera comme un jour sombre pour l’égalité hommes-femmes et pour le CAC 40. Isabelle KOCHER, la Directrice Générale d’Engie a été limogée. Son tort principal ? Être une femme, et seulement celui-ci.

On lui reproche officiellement un management autoritaire, il n’en est apparemment rien. Et puis après tout, il faut tout de même de la poigne pour diriger un des poids lourds du CAC 40. L’ex-GDF-SUEZ n’est en effet pas la plus petite entreprise ou groupe du CAC 40, loin s’en faut. On lui reproche également une stratégie qui n’aurait pas été payante. L’action Engie à la Bourse de Paris stagne en effet et ne grimpe pas aussi rapidement et aussi haut qu’attendu par ses actionnaires et donc membres du Conseil d’Administration. Mais voilà, Isabelle a eu une vision d’ensemble et en fine analyste de la situation globale du monde (et donc bien au-delà de la seule sphère de son entreprise), elle a compris qu’il fallait entrer dans les énergies renouvelables, celles du XXIème siècle en somme, et donc qu’il fallait opérer un virage à 180°.

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Radical, certes, osé aussi, mais tellement bien vu et surtout tellement judicieux. Le slogan d’EDF, autrefois adossé à GDF en EDF-GDF avant que la Commission Européenne exige le démantèlement de notre fleuron industriel pour de basses et sombres raisons d’abus de monopole et que GDF ne devienne indépendant d’EDF puis se marie avec Suez, ce slogan, donc, était «L’énergie est notre avenir, économisons-la». Alors si Engie est bien un producteur et fournisseur d’énergie, il lui faut aller de l’avant et proposer des solutions permettant d’économiser l’énergie tout en y ayant encore accès. En clair, il faut proposer des solutions moins gourmandes en énergie. Or les énergies renouvelables ne pompent pas dans celles de la terre, qui sont épuisables (nous consommons [bien] avant la fin de l’année tout ce que la terre peut nous offrir en un an, donc nous consommons à crédit ! Non remboursable et non remboursé bien sûr parce que nous n’en sommes pas capables malheureusement [Grrr !!!]). Non, elles permettent d’avoir accès à l’énergie de manière nettement plus propre et écologique que les énergies dites fossiles. Or il va falloir utiliser de plus en plus de telles énergies renouvelables pour pouvoir faire face au besoin de la population mondiale et lutter efficacement contre le réchauffement climatique.

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Et ça, Isabelle l’a vu, l’a compris et l’a bien anticipé, d’où le virage à 180° certes, mais qu’il fallait prendre et faire, qu’elle a pris et fait faire à Engie. C’est reculer pour mieux sauter en fait. Imaginez un réseau urbain de province d’une intercommunalité d’environ 300 à 500 000 personnes dans lequel vous décidez de la construction d’une ligne de tramway ou d’une ligne de transport en commun en site protégé (TCSP). Pendant les travaux de déviation des réseaux puis les travaux d’aménagement de la plateforme si TCSP BUS il y a ou de construction de la plateforme si tramway il y a, ainsi que durant les travaux de voirie qui vont avec dans les voiries impactées par ces aménagements, la fréquentation du réseau s’en trouvera impactée car les lignes passant sur le trajet de la future ligne de tramway ou TCSP seront déviées, rabotées ou verront leurs temps de parcours rallongés. Certains quartiers seront peut-être temporairement nettement moins bien desservis voire même plus du tout le temps que les travaux suivent leurs cours et arrivent à échéance. Mais après, une fois la ligne de TCSP ou de tramway lancée et incluse dans l’offre de transport (en général complètement refondue pour l’occasion), la fréquentation globale du réseau repart en général à la hausse et in fine, dépasse la fréquentation globale qui était celle du réseau avant le début des travaux (pas pendant les travaux, mais bien AVANT). C’est donc bien ici reculer pour (parfois nettement) mieux sauter. Et in fine, tout le monde y gagne puisque les gens qui utilisent les transports en commun n’utilisent de fait plus leur voiture ou beaucoup moins, il y a donc moins de trafic automobile en ville et le réseau s’est développé, entraînant pourquoi pas de nombreuses créations de postes de traminots s’il y a un tramway ou de conductrices et conducteurs (et même à la maintenance du coup car s’il y a plus de véhicules à entretenir, il faut plus de matériel, et s’il y a un tramway qui arrive, il faut du personnel spécialisé pour son entretien, lequel est fort différent de celui d’un BUS). Gagnant gagnant au final, à condition d’accepter des désagréments quelques temps.

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Ici, c’est pareil. Le coup d’avenir est le basculement dans les énergies renouvelables (contre une [ou plusieurs] ligne(s) de tramway ou TCSP). Le désagrément se situe en ce qui le concerne dans la stagnation du cours de l’action en bourse (contre les gênes liées aux travaux dans l’exemple ci-dessus). Le résultat eût été une augmentation très importante du cours d’Engie en bourse et des bénéfices de l’entreprise une fois que les résultats concrets de ce virage à 180° auraient commencés à arriver et que les premiers effets se seraient faits sentir. Sauf que voilà, par orgueil, ces messieurs machos n’ont pas digéré qu’une femme ait vu avant eux là où il fallait emmener l’entreprise. Pour eux, le cœur de métier, «c’est le gaz et non les énergies renouvelables». Donc pourquoi aller dans les énergies renouvelables ont-ils dit en creux ? Tout simplement parce que c’est l’avenir a voulu leur prouver Isabelle, laquelle en a été empêchée notamment parce que les premiers résultats concrets n’avaient pas encore pu être visibles et tangibles.

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En plus, il y a comme une volonté de démantèlement d’Engie dans l’air. Or Isabelle s’y est montrée farouchement hostile, à juste titre. Son départ laisse le champ nettement plus libre aux partisans d’un démantèlement d’Engie, qui pourrait apparaître comme suicidaire. En plus, la fusion entre GDF et Suez ne date pas d’il y a 50 ans ! Elle n’a qu’une dizaine d’année à peine finalement. Et le nouveau nom d’Engie est encore plus récent ! Alors pourquoi vouloir démanteler un groupe qui ne marche pourtant pas si mal que cela dans le fond ? Mystère. Mais une chose est sûre, cela va certainement ouvrir une période d’instabilité, et du reste les investisseurs ont sanctionné cette annonce puisque dixit BFM Bourse avec tradingsat.com, «Engie lâche 1,2% alors que le conseil d’administration du géant de l’énergie s’est prononcé contre le renouvellement du mandat de directrice générale Isabelle Kocher» (https://www.tradingsat.com/cac-40-FR0003500008/actualites/cac-40-la-bourse-de-paris-temporise-dans-l-attente-de-l-emploi-americain-899225.html). Et il n’est nul besoin d’être devin pour savoir que ce n’est pas bon, parce que des investisseurs [Chinois notamment par exemple] pourraient se frotter les mains et venir investir chez nous et donc prendre des [substantielles] parts de marchés et ainsi amputer et grever la capacité d’investissement de l’un de nos fleurons. Le Gouvernement n’y pouvait certes pas grand chose (encore que par ses représentants, il aurait peut-être pu taper du poing sur la table un peu plus fort), mais il n’empêche, le mal est fait. Certes, c’est une femme, Claire WAYSAND en l’occurrence, qui devient DG par intérim (sans doute suite à la polémique qu’a entraîné le limogeage d’Isabelle), mais cela n’enlèvera pas la tâche indélébile que les actionnaires d’Engie ont mise sur leur propre entreprise, et ça, bon nombre ne sont pas prêts de l’oublier, notamment sûrement les personnalités politiques de tous bords qui ont volé au secours d’Isabelle KOCHER, notamment la PS Anne HIDALGO et le Divers Droite ancien UMP et LR Xavier BERTRAND pour ne citer qu’eux.

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Et pourtant, on parle d’égalité hommes-femmes à tous les niveaux. À l’heure où ces lignes sont écrites, la réaction de Marlène SCHIAPPA n’est pas arrivée à l’auteur de cet article, mais il ne fait (quasiment) aucun doute qu’elle n’aura pas du tout goûté à cette éviction. Oui, Isabelle a été plus maline et intelligente que nombre de ces messieurs, et non, ils ne l’ont pas accepté ni digéré, par orgueil machiste. Du coup, ils l’ont viré, bien malgré elle, bien malgré l’ère du temps, et bien malgré la conjoncture notamment climatique, une conjoncture qu’Isabelle avait parfaitement comprise et anticipée ! L’Histoire lui rendra sans aucun doute raison. Du moins, c’est tout le mal qu’on puisse souhaiter, de même qu’on ne peut que souhaiter à Isabelle KOCHER de rebondir rapidement. Mais avec son intelligence, son esprit d’analyse, sa vision d’avenir et plus encore, il ne fait aucun doute qu’elle arrivera à rebondir. Le plus rapidement étant le mieux cela va sans dire.

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Pour aller un peu plus loin, le billet de Bertille BAYART sur LeFigaro.fr. C’est par ici : https://www.lefigaro.fr/vox/economie/bertille-bayart-si-isabelle-kocher-etait-un-homme-20200206

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